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1 nov. 2010

Intelligence Economique, le concept français

L’intelligence économique (IE) est mise en œuvre par certains Etats depuis plusieurs générations au point que le partage tout comme la circulation de l’information sont devenus des pratiques naturelles et inhérentes à leurs démarches économiques et politiques.


L’IE a été mise en place en France de l’action conduite par des hommes et des femmes issus de milieux très variés. Dès le départ, elle est portée par des enseignants, des fonctionnaires issus du corps préfectoral ou du monde du renseignement, des dirigeants et cadres d’entreprises constitués en associations ou écoles de pensée.
L’ensemble des parties prenantes de l’État se sont appropriées ce nouvel outil après plusieurs tentatives infructueuses de mise en œuvre à quelques niveaux que ce soient, de l’administration centrale aux administrations décentralisées.

- Des techniques venues d’ailleurs
- La mise en place de l’intelligence économique en France
- Une difficile naissance

Des techniques venues d’ailleurs

Prenant exemple sur les expériences réussies de Venise et de la ligue hanséatique, les Anglais ont été les premiers à mettre en œuvre à grande échelle les principes de l’intelligence économique. Parcourant et dominant le monde grâce à leurs bâtiments de guerre et de commerce, ils partaient ainsi à la découverte de nouvelles richesses, développaient le commerce et scellaient des alliances politiques. Très tôt, ils ont compris qu’une organisation efficace repose sur le partage d’informations, le travail en réseau, les échanges d’idées et de connaissances et la diffusion de synthèses.

Les Japonais, dans les années 1950, ont développé un système d’intelligence économique s’appuyant sur le MITI (Ministry of International Trade and Industry) et le JETRO (Japan External Trade Organisation) pour relancer leur économie. Ce dispositif a pu voir le jour grâce à l’utilisation du réseau télex international de leurs grandes entreprises, au goût des Japonais pour le renseignement et à la motivation de tous pour moderniser l’économie. La quantité de données traitées journellement en provenance du monde entier et la fourniture des analyses à tous les opérateurs leur donnaient un avantage concurrentiel majeur.

Les Américains ont découvert l’intelligence économique vers le milieu des années 1980, grâce à Michael Porter. Ce professeur à Harvard en stratégie d’entreprise a été le premier à formuler le concept en s’appuyant sur deux constats :

* Le marché n’étant plus national mais mondial, il faut intégrer cette dimension dans la stratégie de l’entreprise ; * La maîtrise de l’ensemble des informations requises implique l’utilisation de moyens techniques performants de recueil et d’analyse.

L’idée était lancée et l’intelligence économique s’est implantée progressivement aux Etats-Unis, dans les entreprises comme dans l’administration. La mise en place s’est terminée, sous le mandat du Président CLINTON, par la création de “l’Advocacy Center”, qui permet de mobiliser toutes les administrations sur la cinquantaine de contrats considérés comme essentiels pour le gouvernement américain. À ce stade, le partenariat public-privé devient total.

Aujourd’hui, beaucoup de pays s’intéressent à ce concept, que les grandes sociétés multinationales ont déjà intégré dans leurs pratiques.

La mise en place de l’intelligence économique en France

L’intelligence économique est née en France de l’action conduite par des hommes et des femmes issus de milieux très variés. Dès le départ, elle est portée par des enseignants, des fonctionnaires issus du corps préfectoral ou du monde du renseignement, des dirigeants et cadres d’entreprises constitués en associations ou écoles de pensée.

Le mouvement est venu de décideurs, de responsables souvent isolés, de citoyens inquiets et de quelques auteurs, qui comprennent que l’économie de la connaissance remplace l’économie traditionnelle. Les technologies de l’information transforment les organisations, modifient les conditions de la décision, et appellent de nouveaux modes de pensée et d’action.

L’intelligence économique inspire, dès la fin des années 1980, l’action de personnalités variées dans des secteurs aussi divers que la défense nationale, l’université, le monde consulaire et celui de l’entreprise. Des individualités, venues d’horizons différents, se regroupent sur un diagnostic commun. La maîtrise anticipée de l’information dans une économie globalisée permet d’organiser le marché et le monde à sa façon.

Avant même de devenir une discipline clairement définie, l’intelligence économique française est une pratique, un savoir-faire, partagés entre les secteurs privé et public. Les ouvrages et premières revues doctrinales foisonnent d’exemples de ce mélange inhabituel en France. L’innovation et le souci de performance côtoient dès le départ le territoire et les capacités d’influence de la Nation.

Pendant longtemps, le mot est mal compris et charrie quelques fantasmes liés à d’inexactes traductions anglaises. L’idée s’impose cependant que l’intelligence économique, légale et déontologique, est d’abord la capacité de comprendre l’environnement afin de posséder la bonne information qui, au bon moment, permettra de saisir une chance ou d’écarter une menace.

La France accuse un retard sur ses concurrents, alors que tous les gouvernements de la Cinquième République ont pourtant contribué à doter le pays d’outils de veille performants et surtout de structures publiques et parapubliques. Le premier constat du rapport Martre en 1994 est clair. Il faut une politique dans un pays où l’État joue un rôle d’entraînement toujours critiqué mais toujours recherché.

Une difficile naissance

La première tentative de politique publique d’intelligence économique en France remonte à 1995, lorsque M. Edouard Balladur, alors Premier ministre, crée le “Comité pour la Compétitivité et la Sécurité Economique”, après la publication du rapport "Intelligence économique et stratégie des entreprises". Cet organisme cessera son activité après le départ du Premier ministre. Pour les promoteurs de l’intelligence économique, le coup est rude. Commence alors une longue traversée du désert.

Les dix ans qui séparent la publication du rapport Martre (Intelligence Economique et stratégique des entreprises, Documentation française, 1994) de celle du rapport Carayon seront marqués par la constitution de cercles formels ou informels, adossés parfois à l’État comme les groupes "intelligence économique" de l’IHEDN ou de l’INHES, parfois à des associations comme SCIP, l’AFDIE, ou des "think tanks", comme le Centre d’étude prospective et stratégique (CEPS).

C’est le temps des rencontres nationales, des colloques, des premiers DEA (Diplôme d’Études Approfondies) ou DESS (Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées) qui, bien avant les masters de la réforme LMD (Licence, Master, Doctorat), font pénétrer la matière sur les bancs de l’université, parfois des lycées. C’est aussi le temps des polémiques et des débats, car l’intelligence économique accepte plusieurs approches, plusieurs points de vue et des acteurs de caractère. De longues discussions traitent des contours et des contenus de la matière. Où commence et où finit l’intelligence économique ? Alors que Paris semble à la traîne pour des raisons qui tiennent à la sociologie d’État, les régions, plus agiles et plus directement impliquées dans le quotidien, s’intéressent à ce nouvel outil. Il ne s’agit plus de débattre, mais de sauver des emplois, de créer des filières de remplacement, d’éviter que meurent nos métiers et nos entreprises face à des concurrents ou partenaires mieux informés, plus réactifs et bénéficiant d’appuis encore inimaginables en France.

Quelques préfets courageux et chefs d’entreprises visionnaires, mais aussi des élus, comblent l’absence de politique nationale en aidant les initiatives d’associations nationales ou de terrain rassembleuses de bonnes volontés. Des organismes comme l’ADIT (Agence pour la Diffusion de l’Information Technologique) et les premières sociétés d’intelligence économique répondent aux besoins des entreprises françaises et des territoires. La France se dote d’un véritable marché de l’intelligence économique. De nouveaux métiers apparaissent. Clients et prestataires découvrent l’existence d’acteurs étrangers puissants, qui vendent de l’intelligence et de la protection sous toutes ses formes.

Les chambres de commerce s’impliquent dans la promotion de cette manière d’agir et de penser. Petit à petit, les acteurs économiques français prennent conscience de la valeur de l’information et de son rôle stratégique. Le MEDEF Paris (Mouvement des Entreprises de France) et d’autres représentations légitimes des entreprises inspirent la création d’académies ou instituts de l’intelligence économique. Une presse spécialisée, de qualité, voit le jour et contribue à la diffusion du concept. Les titres de librairie se multiplient et des entreprises se rencontrent pour échanger sur leurs pratiques dans des structures originales ou au sein de leurs branches professionnelles. Il faut attendre 2002 pour qu’une circulaire du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie donne aux préfets une "mission permanente d’intelligence économique" au titre de la "défense économique". La matière est encore subordonnée à l’esprit de défense qui caractérise la pensée stratégique française, mais l’idée fait son chemin.

Le 1er décembre 2003, dans l’amphithéâtre Foch de l’École militaire, devant plus de cinq cents spécialistes, le ministre de l’intérieur évoque la remise du rapport du député Bernard CARAYON au Premier ministre et s’engage sur une "grande et vraie" politique publique déclinée dans les trente-huit propositions de ce document. Après un long silence, l’État réapparaît.

le 31 décembre 2003, Alain Juillet est nommé par décret du Président de la République, Haut responsable en charge de l’intelligence économique auprès du secrétaire général de la défense nationale.

La politique publique sera à la fois défensive et imaginative, légale et respectueuse des engagements de la France, sans pour autant être naïve. Dès le mois de janvier 2004, un Groupe permanent pour l’Intelligence économique réunit autour du Haut Responsable les ministères concernés par cette politique. Les ponts avec la société civile ne sont pas rompus pour autant. Le Haut Responsable invite tous les acteurs économiques français où qu’ils se trouvent et quelle que soit leur taille à participer à cette politique dans un cadre à la fois régional et national.

Un sujet du site du gouvernement http://www.intelligence-economique.... géré par le Haut Responsable en charge de l’Intelligence Economique, service du Premier ministre.

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